
Avant de découvrir les coulisses de l’usine Mousline de Rosières-en-Santerre (Somme), nous avons rencontré deux agriculteurs partenaires de la marque : Louis Lebrun, agriculteur, président du GIEE et membre du Groupement de Producteurs Mousline (GPM) ainsi qu’Arnaud Caron, agriculteur et membre du GPM.
Ces échanges sur le terrain ont permis de mieux comprendre le fonctionnement de la filière avant d’approfondir les enjeux industriels avec Philippe Fardel, président de Mousline, Romaric Ruin, responsable du service agricole, et Arnaud Tourneur, responsable HSE & RSE.
Une entreprise qui renforce son ancrage territorial autour de la pomme de terre française
Lorsque Nestlé a cédé Mousline il y a trois ans et demi, l’enjeu était de préserver une marque emblématique tout en lui donnant une nouvelle dynamique.
Aujourd’hui, Mousline emploie près de 200 collaborateurs, réalise 66 millions d’euros de chiffre d’affaires et poursuit son développement depuis son site historique de Rosières-en-Santerre.
Alors que le marché de la purée déshydratée reste globalement stable, Mousline continue de gagner du terrain. La marque affiche une croissance de 2,9 % en valeur et consolide sa position de leader avec près de trois quarts des parts de marché en grande distribution.
Si la marque reste très présente dans les foyers français, son activité dépasse désormais largement la grande distribution.
Elle fournit également la restauration collective, développe ses exportations sous la marque Mousline dans plusieurs pays européens et produit également des flocons destinés à d’autres industriels, notamment pour les gnocchis ou certains produits transformés.
L’usine constitue aujourd’hui le premier site français entièrement consacré à la fabrication de flocons de pomme de terre.
Chaque année, près de 90 000 à 100 000 tonnes de pommes de terre y sont transformées, soit environ 18 000 tonnes de flocons sont produites.
Une particularité réside dans l’origine de la matière première.
Les pommes de terre proviennent exclusivement de France, principalement des Hauts-de-France, avec un bassin d’approvisionnement concentré dans un rayon d’environ 25 kilomètres autour de l’usine.
Cette proximité permet aux producteurs de livrer directement en tracteur, limitant les transports et renforçant les liens entre l’usine et son territoire.
Un partenariat étroit avec les producteurs pour sécuriser la filière
L’une des spécificités de Mousline réside dans son modèle agricole. La marque travaille aujourd’hui avec 154 producteurs réunis au sein du Groupement de Producteurs Mousline (GPM).
Pour Romaric Ruin, la relation dépasse largement la simple contractualisation : les échanges sont permanents tout au long de l’année, aussi bien sur les aspects économiques que techniques.
Autre originalité : Mousline n’achète pas uniquement des tonnes de pommes de terre mais rémunère ses producteurs sur la matière sèche contenue dans les tubercules, un critère essentiel pour fabriquer des flocons de qualité.
Cette approche influence directement les pratiques culturales : irrigation, fertilisation ou choix variétal sont pensés pour optimiser cette matière sèche plutôt que le simple rendement.
Aujourd’hui, quatre variétés représentent l’essentiel des volumes : Astérix, Fontane, Challenger et Poséidon.
Certaines sont dites « captives » : elles sont produites spécifiquement pour Mousline, qui s’engage à acheter l’intégralité de la récolte, offrant ainsi davantage de sécurité aux agriculteurs.
Le GIEE comme laboratoire d’innovation agricole
Au-delà des contrats, Mousline participe également au Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental (GIEE) du Santerre.
Avec une quinzaine d’agriculteurs, la Chambre d’agriculture et le SIEP, l’entreprise conduit des expérimentations autour de trois grands axes :
- l’évaluation de nouvelles variétés
- l’optimisation de la fertilisation
- l’amélioration de la gestion de l’eau
En trois ans, 65 variétés ont ainsi été testées afin d’identifier celles qui combinent rendement, qualité industrielle, résistance aux maladies et meilleure adaptation aux épisodes de sécheresse.
Les travaux portent également sur la réduction des apports d’azote, l’optimisation des doses d’irrigation ou encore la recherche d’une meilleure efficacité de l’eau.
L’objectif est d’améliorer simultanément les performances économiques des exploitations et leur impact environnemental.
Une stratégie RSE qui s’appuie sur la transparence et l’amélioration continue
La responsabilité sociétale occupe désormais une place centrale dans la stratégie de Mousline.
Arnaud Tourneur a rappelé que l’entreprise s’appuie sur les lignes directrices de la norme ISO 26000 et dispose d’un système de management environnemental certifié ISO 14001, audité chaque année.
Cette démarche s’inscrit dans une logique d’amélioration continue qui dépasse les seules obligations réglementaires.
Au-delà des certifications, plusieurs initiatives illustrent cette volonté :
- 100 % des pommes de terre sont d’origine française
- le développement de packagings recyclables.
- les coproduits issus de la fabrication sont valorisés en alimentation animale ou en méthanisation afin d’éviter l’enfouissement
Autant d’initiatives qui témoignent d’une volonté d’adapter la marque aux évolutions des attentes des consommateurs tout en conservant son positionnement de produit populaire et accessible.
Une entreprise qui mise sur la proximité
Au fil des échanges, un fil conducteur s’est dégagé : Mousline cherche à construire sa compétitivité moins par une logique de volume que par la solidité de son écosystème local.
Des agriculteurs partenaires jusqu’aux investissements industriels, en passant par la recherche variétale ou les engagements environnementaux, l’entreprise revendique un modèle fondé sur la proximité géographique, la coopération avec les producteurs et l’amélioration continue.
Dans un contexte où la filière pomme de terre traverse une période particulièrement mouvementée, cette stratégie apparaît comme un levier pour renforcer la résilience de l’ensemble de la chaîne de valeur.