L'INSTANT VÉGÉ

Pourquoi les légumineuses deviennent un terrain stratégique pour les marques alimentaires ?

Une famille d’ingrédients qui change de statut

Longtemps cantonnées au rayon “tradition”, les légumineuses changent de statut.

Pour la SNANC (Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat), les légumineuses doivent redevenir un pilier de notre alimentation, afin de réduire la dépendance aux protéines animales et accompagner la transition alimentaire.

Lentilles, pois chiches, haricots secs, fèves ou pois cassés ne sont plus seulement des ingrédients d’appoint : elles deviennent un levier de formulation, de discours de marque et d’innovation produit.

En France, selon Agrimer, les légumineuses s’installent durablement dans les usages : leurs achats ont progressé de +16 % en quelques années, confirmant leur retour dans l’alimentation du quotidien.

Un atout agricole de plus en plus stratégique

Les légumineuses ont un avantage agronomique rare : elles participent à la fixation de l’azote et permettent de limiter le recours aux engrais de synthèse. Elles améliorent aussi l’intérêt des rotations culturales.

Pour les filières, cela en fait une matière première cohérente avec les enjeux de souveraineté protéique, de résilience agricole et de transition des systèmes de production.

Une réponse crédible aux attentes écologiques

Pour les marques, les légumineuses permettent d’adosser une promesse crédible de “mieux produire” et de “mieux manger”, sans tomber automatiquement dans le registre de l’ultra-transformation.

Elles relient de façon assez naturelle l’amont agricole, la réduction des intrants et le récit de marque autour d’une alimentation plus sobre et plus diversifiée.

Cette cohérence devient précieuse dans un marché où les consommateurs attendent des preuves simples plutôt que des discours abstraits.

Un bénéfice santé simple à activer

Les légumineuses cochent toutes les cases des attentes nutritionnelles contemporaines.

Naturellement riches en fibres, elles contribuent à la satiété et au bon fonctionnement digestif, tout en apportant des protéines végétales accessibles et peu transformées.

Elles s’inscrivent ainsi dans une logique de nutrition positive, où l’on ajoute plutôt qu’on retire, avec des ingrédients bruts, lisibles et ancrés dans des usages culinaires simples.

Au-delà de leurs qualités nutritionnelles, leur force réside dans leur évidence : peu transformées, peu controversées, issues du végétal, elles incarnent une forme de naturalité rassurante et immédiatement compréhensible par les consommateurs.

Haricots, lentilles, pois chiches… des produits connus, installés, qui ne nécessitent ni décryptage ni promesse complexe.

Pour les marques, c’est un terrain particulièrement fertile pour accompagner la diversification des sources de protéines, enjeu désormais central dans les recommandations alimentaires.

Cette approche permet d’aborder plus largement l’équilibre nutritionnel sans discours contraignant, à travers des produits utiles, du quotidien, qui s’intègrent facilement dans les habitudes.

Le bénéfice est clair, tangible, et activable sans pédagogie lourde : mieux manger, simplement, en revenant à des fondamentaux naturels.

Un marché français qui confirme la dynamique

Le signal marché est désormais clair.

En 2024, en GMS, les légumes secs bruts ont progressé de 5 % en volume, les légumes secs appertisés de 3 %, tandis que les alternatives végétales ont bondi de 24 % entre 2023 et 2024.

Le rayon traiteur libre-service contenant des légumineuses est lui aussi reparti à la hausse, avec +2 % en volume et +3 % en valeur.

Autrement dit, la légumineuse ne se limite plus au sachet sec : elle gagne du terrain dans les usages pratiques, gourmands et transformés.

Des usages bien au-delà du placard

Pour les marques alimentaires, l’enjeu n’est donc plus de savoir s’il faut y aller, mais comment.

Les usages les plus porteurs se multiplient : plats cuisinés, salades traiteur, tartinables, galettes, aides culinaires, snacks, biscuits, desserts ou produits hybrides.

Les données de marché montrent d’ailleurs que l’innovation autour des légumineuses devient un véritable levier de croissance, notamment dans des catégories où la gourmandise et la praticité restent décisives.


Fleury Michon montre comment rendre les légumineuses désirables

Le cas Fleury Michon est intéressant parce qu’il montre comment une grande marque populaire peut faire des légumineuses un sujet stratégique, et pas seulement un signal RSE.

En 2024, l’entreprise a lancé ses Tranches Végé, présentées dans son rapport intégré comme une étape de sa “transition alimentaire”, avec des produits élaborés à partir de légumineuses entières.

La gamme compte aujourd’hui plusieurs références à base de pois chiches, lentilles corail, haricots blancs et haricots rouges, positionnées sur des usages très quotidiens autrement dit sur des moments de consommation déjà installés.

C’est un point stratégique fort : au lieu de demander au consommateur de changer ses habitudes, la marque insère les légumineuses dans des gestes déjà connus.

Autre enseignement intéressant : Fleury Michon ne présente pas cette démarche comme une rupture militante, mais comme une logique de flexitarisation et de démocratisation des protéines végétales.

Pour les autres marques, la leçon est claire : la légumineuse devient puissante quand elle n’est pas traitée comme un ingrédient de niche, mais comme une solution d’usage.

Fleury Michon n’a pas vendu “des pois chiches” ou “des lentilles”. La marque a vendu une réponse à des attentes très concrètes : praticité, repères familiers, bénéfice nutritionnel, simplicité de lecture et prix accessible.


Une plateforme d’innovation pour les marques

En clair, les légumineuses ne sont plus une niche végétale.

Elles deviennent une plateforme d’innovation crédible pour les marques qui veulent articuler agriculture, écologie, santé et création de valeur.

Et les marques qui gagneront sur ce terrain ne seront pas forcément celles qui en parleront le plus, mais celles qui sauront les intégrer dans des usages simples, désirables et quotidiens.

Sources : Terres Univia, Pour nourrir demain, Fleury Michon, Pleinchamp.com, Réussir, France Agrimer, OléoProtéines, Culture Nutrition, AgroMatin