
Ils font leurs courses comme ils vivent : chacun selon ses repères, ses habitudes, ses contradictions.
Portraits croisés de huit façons de manger à la française, entre convictions profondes et petits arrangements quotidiens.
Le planificateur
Son frigo ressemble à un tableau Excel. Chaque repas est prévu, pesé, pensé. Il anticipe, congèle, optimise, avec une précision d’horloger. Rien ne dépasse, rien ne se perd. Mais l’imprévu le déstabilise, et l’enthousiasme d’un coup de cœur produit le laisse souvent de marbre.
Le flâneur du rayon
Il déambule sans but précis, guidé par l’envie du moment ou la lumière d’un packaging. Son panier raconte ses humeurs plus qu’un plan de repas. Il oublie parfois l’essentiel, mais revient souvent avec l’inattendu. Charmant désordre, mais pas toujours cohérent.
Le militant engagé
Il lit les étiquettes comme d’autres lisent des manifestes. Il boycotte, soutient, interpelle. Dans son assiette, chaque choix est un message. Il ne transige pas, parfois jusqu’à l’épuisement. La cause d’abord, quitte à sacrifier le plaisir ou la spontanéité.
Le fidèle du drive
Chrono en main, il coche les cases de sa commande hebdo. Même marque, même format, même rituel. Il mise sur l’efficacité, mais perd parfois le goût de la découverte. Le gain de temps a un prix : celui d’un quotidien alimentaire bien rodé, mais sans surprise.
Le flexitarien stratégique
Il navigue à vue entre tofu et tartare, équilibre subtil entre conscience et plaisir. Il réduit, sans exclure. Il choisit, sans juger. Souvent discret, parfois opportuniste, il incarne une transition douce mais réelle dans les pratiques alimentaires.
Le gourmand instinctif
Il suit ses envies comme d’autres suivent une boussole. Un croissant bien doré ou un plat mijoté suffisent à son bonheur. Il ne culpabilise pas, savoure chaque bouchée. Le revers ? Une attention limitée aux compositions ou aux labels, trop loin de ses priorités.
L’obsédé du « food porn »
Avant de manger, il photographie. Avant de goûter, il partage. Chaque repas devient une mise en scène, chaque plat une promesse d’engagements. Il transforme l’assiette en contenu, jusqu’à parfois oublier qu’il s’agissait, au départ, de manger.
Le suiveur d’algorithmes
Guidé par ses feeds et ses notifications, il teste la boisson fermentée du moment comme il a testé le bowl aux graines hier. Il est toujours à l’avant-poste, mais jamais longtemps au même endroit. L’alimentation devient terrain de jeu, mais parfois sans boussole.
Chacun porte en lui une part des autres… et si ces profils dessinaient plus qu’une typologie ?
Peut-être un instantané de la relation complexe, mouvante, passionnelle que les Français entretiennent avec leur assiette !