Ludovic Brindejonc DG AEF 042021 224x300 - Interview de Ludovic Brindejonc, fondateur de Agri EthiqueLudovic Brindejonc, fondateur de Agri Ethique, Pouvez-vous nous présenter votre parcours et le label Agri-Éthique ?

Issu d’une formation scientifique, je ne pensais pas travailler dans l’agriculture et encore moins dans le commerce équitable.

Je suis un peu un OVNI dans mon domaine. Je me suis passionné pour la microbiologie, biochimie, biologie cellulaire. Comprendre ce qui ne se voit pas, m’a toujours intéressé. Je suis arrivé dans le monde agricole par un concours de circonstance : je devais faire un stage dans un laboratoire et celui-ci s’est déroulé dans une coopérative agricole.

Mon parcours académique et personnel extra-agricole me permet peut-être de penser différemment, d’apporter de nouvelles idées et de faire le pas de côté, car je n’ai pas d’a priori sur le monde agricole.

Pouvez-vous nous présenter le label Agri-Éthique ?

Agri-Éthique est un label pionnier de commerce équitable origine France. Il va avoir 10 ans en 2023 et représente actuellement 56% des ventes de produits du commerce équitable français. A fin 2021, Agri-Éthique compte 500 références produits bio et non bio labellisées ainsi qu’une communauté de 2 840 acteurs sur l’ensemble du territoire national dont 1 740 exploitations agricoles, 42 industriels et plus de 1 000 artisans boulangers engagés.

A l’origine, nous n’avons pas construit le label pour faire du commerce équitable. Nous l’avons bâti pour répondre à une problématique terrain : celle de se déconnecter des marchés mondiaux de matières premières agricoles. Est-il normal qu’on puisse spéculer sur des matières premières destinées à nourrir le monde? On ne peut envisager la transition alimentaire et agroécologique sans pérenniser les filières agricoles. Garantir une juste rémunération équitable aux agriculteurs participe aussi à préserver l’emploi local et à agir pour l’environnement et le bien-être animal.

Selon vous, quelles sont les tendances alimentaires à venir en France ?

Les consommateurs veulent de la transparence tout au long de la chaîne alimentaire. Les promesses produits ne suffisent plus, les entreprises doivent également s’engager (respect des fournisseurs, bien-être des salariés, ancrage territorial,). Les entreprises ont le droit de ne pas être parfaites, mais il faut savoir le dire et l’expliquer.

On est trop dans une culture du “sans” (sucres, graisses, pesticides) et pourquoi pas une culture de progrès avec de la décarbonation, de la biodiversité, avec de la “juste” rémunération équitable. Cela montre que l’entreprise connait ses points faibles et s’engage à progresser.

Ce qui m’interpelle, c’est la tête des agriculteurs sur les produits. Si l’on starifie les agriculteurs, on se doit de les payer au juste prix !

Quels conseils donneriez-vous aux consommateurs pour « mieux manger » ?

Déjà définissons le mieux manger. Cela doit tenir compte de la santé, de l’environnement, du social,… Le problème aujourd’hui c’est qu’avec les systèmes de notation, on simplifie, on consolide des critères qui sont très différents pour faciliter la tâche du consommateur.

Je pense que nous devrions apprendre à mieux manger à l’école où avoir un module de formation du consommateur citoyen. Mieux manger c’est s’intéresser au produit, à sa fabrication, aux agriculteurs,…Pour cela, il faut lui fournir des preuves. Apprendre à mieux manger devrait être enseigné dans les écoles dès le plus jeune âge.

Le consommateur doit ensuite faire sa propre culture du “mieux manger”. L’éducation à la consommation responsable à l’école est indispensable pour que la jeune génération se fasse sa propre culture. Cela demandera du temps mais j’y crois.

A titre personnel, quelle innovation alimentaire auriez-vous aimé inventer ?

Un produit avec une transparence totale : 100% équitable avec une visibilité de la répartition de la valeur du producteur au consommateur. Un produit qui mentionne à la fois ses points forts et ses faiblesses de manière précise. Les notations actuelles sont trop simplistes. Elles infantilisent et culpabilisent le consommateur.

Plus d’informations sur www.agriethique.fr

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