Ancienne rédactrice en chef des hors-série de 60 millions de consommateurs, Christelle Pangrazzi vient de prendre la direction de Kali, un nouveau magazine dédié à la consommation. Bien-être animal et questions environnementales font partie de ses préoccupations phare.

Comment est né votre magazine ?

Du constat suivant : les magazines qui existent déjà sur le marché s’intéressent surtout à l’aspect sanitaire des produits, à leur performance. Mais moins à leur impact environnemental, éthique et au bien-être animal. Avec Hélène Devynck [aujourd’hui conseillère éditoriale de KALI, NDLR], nous voulions créer un magazine dédié à la consommation qui parle vraiment de nos ces préoccupations. Les éditions Larivière, ont accueilli positivement le projet. Le magazine est sorti seulement quelques mois après !

Cette préoccupation pour l’environnement et le bien-être animal, comment se traduit-elle dans vos pages ?

Dans le premier numéro sorti début novembre 2021, il y avait plus de 20 pages consacrées à ces thématiques : la contamination de nos assiettes par les microparticules de plastique, le lien entre carnivorisme et environnement, il y avait aussi une interview avec une spécialiste de la maltraitance des animaux d’élevage, une enquête sur les steaks veggies… De plus en plus de consommateurs veulent savoir non seulement si leurs produits sont bons pour la santé mais aussi s’ils sont sur-emballés, s’ils arrivent de l’autre côté de la planète, s’ils ont fait souffrir des animaux…

Pas facile de savoir si un produit a fait souffrir des animaux… Comment aidez-vous vos lecteurs à faire des choix ?

Nous leur expliquons ce que valent les différents labels en la matière. Un exemple : si on se soucie du bien-être animal, le Label rouge apporte du mieux pour les poulets, mais moins pour le bœuf. Nous allons aussi expliquer que la mention « œufs plein air » est à prendre avec des pincettes : cette mention peut s’appliquer même à des œufs pondus par des poules qui sont sorties à l’air libre seulement deux fois dans leur vie.

Vous vous sentez investie d’une mission de service public ?

Complètement. Dans les prochains numéros nous comptons interpeller les pouvoirs publics sur plusieurs sujets. Notre objectifs, est de provoquer des changements règlementaires.

Lesquels ?

Pour le savoir, il faudra nous lire ! Mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’un autre de nos chevaux de bataille sont les additifs. Le principe de précaution devrait s’appliquer dès qu’un faisceau d’études met en cause un ingrédient. Or ce n’est pas ce que l’on peut constater aujourd’hui. Beaucoup de colorants sont par exemple pointés pour favoriser l’hyperactivité chez l’enfant. C’est scandaleux que le principe de précaution ne soit pas appliqué dans ce cas précis ! On sait depuis 2006 que le dioxyde de titane est cancérogène lorsqu’il est inhalé et cancérogène suspecté lorsqu’il est ingéré. Il a été interdit dans l’alimentation en 2020 mais il reste autorisé dans les médicaments. Dans le numéro 2 de Kali toujours en vente sur le site https://boutiquelariviere.fr/site/lariviere/cat_kali_mag/fr/kiosque/magazine.html nous donnons la liste des 800 médicaments les plus vendus contaminés au dioxyde de titane. Il s’agit de médicaments très connus comme le Doliprane, le Spasfon mais aussi de médicaments contre l’hypertension, le diabète, des médicaments pour les troubles du rythme cardiaque… Certains patients sont amenés à les prendre tous les jours voire plusieurs fois par jour. Bien entendu, il ne s’agit pas pour le lecteur d’arrêter un traitement en cours mais de voir avec son médecin si d’autres traitements existent.

Comment vous positionnez-vous par rapport à Que choisir et 60 millions de consommateurs ?

Je ne me sens pas en concurrence avec ces magazines. Ces deux majoritairement ne s’intéressent pas ou très peu à l’impact environnemental, éthique ou de bien-être animal des produits que nous consommons. Ils ont un lectorat composé majoritairement de sexagénaires. Nous visons une cible plus jeune.

Comment comptez-vous capter ce public?

Grâce au choix des sujets, mais aussi grâce à un traitement de l’information plus accessible. Vous ne trouverez pas de tableaux comparatifs chez nous, à la place, nous proposons une multitude de fiches-produit. Chaque fiche liste les points forts et faibles. Et lorsque nous pointons un produit franchement critiquable, nous proposons toujours une alternative plus vertueuse à côté. Commercialiser un nectar de fruits qui soit aussi sucré que le coca, c’est une aberration. Tout comme appeler « complètes » des céréales du petit déjeuner, alors qu’elles ne comptent qu’une infime partie de céréales complètes !

Avez-vous l’impression que les marques évoluent dans le bon sens, avec l’arrivée de Yuka et du Nutri-score ?

Beaucoup de marques se réinventent en ce moment, c’est indéniable, mais plutôt d’un point de vue marketing, en affichant des logos verts ou bleu-blanc-rouge un peu partout. Je ne vois malheureusement pas beaucoup de changements en profondeur. Je sais très bien que reformuler des produits, cela demande du temps et de l’argent, parfois il fait revoir complètement ses lignes de production. Il est donc bien plus simple de recourir à des additifs pour réduire le taux de sucre, de sel ou de graisses d’une recette. Le résultat est souvent encore plus ultra-transformé, alors qu’on a amélioré au passage le nutri-score de ses produits !

Recevez-vous des subventions publiques comme Que choisir et 60 millions ?

Non, nous n’avons aucune subvention du gouvernement. Nous avons aussi fait le choix de ne nouer aucun partenariat avec les industriels. Kali n’a aucune page de publicité. Nous sommes totalement indépendants. Nous avons une liberté totale, ce qui nous permet d’être totalement objectifs et de rendre un vrai service aux consommateurs.

Plus d’informations sur www.kalimagazine.fr

Un article de Tinka Kemptner

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