0787474 150x150 - Interview Faustine Léonard, Co-fondatrice de Comme un ChefFaustine Léonard, Co-Fondatrice de Comme un Chef, pouvez-vous nous décrire votre parcours et votre société ?

Myriam et moi-même avons grandi dans des lieux bien différents ! L’une dans la campagne Ysèroise et l’autre dans le centre de Paris.

Malgré tout, nous étions liées dès le début par un élément commun fort : nous étions issues de, ce que j’appellerais, les familles BIOS. Grandir dans une famille bio au début des années 2000 était un élément bien plus différenciant qu’aujourd’hui.

En fait, nous étions des ovnis. A l’époque ou Bio C’Bon n’existait pas, nos mères se rendaient en maison de diététique, petits magasins obscurs où l’on trouvait du charbon, de l’huile de foie de morue et des livres imprimés sur du papier recyclé dénonçant les ravages de l’industrie agro-alimentaire.

Elles y faisaient le plein de pruneaux, lait d’amande, jus de raisin et autres délices. Pendant que tous nos copains de classe savouraient de merveilleuses barquettes au chocolat ou crêpes Wahou, accompagnés de jus d’orange concentré, nous avions nos fruits secs, pas très cools et absolument impossible à échanger.

Quelques années plus tard, nous nous rencontrons à Shanghai lors d’un échange universitaire dans le cadre de notre programme à l’ESSEC. A notre retour, en septembre 2016, il ne reste plus que quelques mois avant la fin de notre cursus et il est temps de penser à la suite. Après des expériences dans des « grands groupes », AuFéminin/Marmiton pour Myriam et Danone pour moi, nous avons envie de nous tourner vers de plus petites structures.

Nous réfléchissons à un moyen d’améliorer l’alimentation des actifs tout en prenant en compte leur emploi du temps chargé. Nous sommes persuadées que la meilleure manière de s’alimenter sainement est de préparer soi-même ses repas à partir de produits non transformés, pauvres en matières grasses et en sel.

Or, ce n’est pas évident lorsque l’on rentre à 20 heures et qu’après quelques salades et un plat de dinde haricots verts, on se retrouve vite à court d’idées de menus équilibrés.

C’est pourquoi beaucoup d’actifs se replient vers les plats préparés. Bien que pratique, cette solution est souvent peu saine, manque de transparence et pauvre en qualités gustatives et nutritionnelles.

Nous décidons donc de révolutionner le marché avec Comme un Chef en lançant le premier plat (presque) préparé à la fraicheur d’un plat fait maison.

Nos clients reçoivent tous les ingrédients déjà préparés (découpés, épluchés, pré-cuits) qu’ils n’ont plus qu’à assembler au dernier moment. Ces quelques étapes permettent de retrouver la qualité d’un plat qui vient juste d’être fait mais aussi de contrôler soi-même sa consommation de sel et de matières grasses.

Nous choisissons de recourir à la cuisson à basse température pour précuire nos ingrédients, une technique très saine qui permet de conserver tous les nutriments et minimiser l’utilisation de matières grasses. Afin de proposer un produit de qualité, nous commençons par suivre une formation à l’institut Bocuse et passons ensuite plusieurs mois à élaborer des recettes avec un chef.

En octobre 2017, nous rejoignons les cuisines partagées de United Kitchens, un incubateur culinaire, et démarrons la commercialisation de notre produit.

Afin de s’intégrer le plus facilement dans la vie de nos clients, nous privilégions la livraison directement sur leur lieu de travail. Ils commandent sur notre site www.commeunchefparis.com et choisissent parmi une offre diversifiée de plats (végétarien, végan, viande et poisson) et sont livrés le soir même.

Aujourd’hui nous poursuivons la commercialisation de Comme un Chef dans le 92 et l’Ouest Parisien et souhaitons passer au 100% bio d’ici mai prochain.

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Selon vous, quels sont les futurs acteurs de l’innovation alimentaire en France ?

Malgré toutes les innovations, l’avenir se trouve, d’après moi, entre les mains d’acteurs existants : les magasins de proximité.

En effet, ces acteurs semblent avoir pris conscience de la nécessité de se transformer pour survivre au profond changement des modes de consommation : livraison à domicile, bio, vrac, flexitarisme, végétarisme, sans lactose, sans gluten, circuit court.

Nous observons ainsi la transformation, par exemple, des Franprix qui proposent produits secs en vrac, bar à salade, fruits et légumes découpés sur place, distributeur de vin et de jus de fruit frais et partenariat avec des start-ups correspondant aux nouvelles attentes des consommateurs.

Les magasins de proximité sont en train de se réinventer et évoluent également, au-delà d’une proposition de biens, avec une offre de services grandissante : point de retrait de colis, service de pressing, etc. Les magasins de proximité restent également, pour les citadins, l’alternative la plus accessible à la livraison à domicile.

Effectivement, après un développement fulgurant, ce système semble atteindre ses premières limites. Un nombre croissant de start-ups se trouve dans l’incapacité d’être rentable, tout leur profit étant absorbé dans les frais de livraison.

De plus, la livraison aux particuliers entraîne des problèmes environnementaux et la multiplication des véhicules dans les villes devient un problème de société. Bien sûr, des solutions sont en train de se mettre en place avec, notamment, le développement de plateformes logistiques et la multiplication de véhicules électriques.

La livraison à domicile a évidemment encore de beaux jours devant elle mais devra entamer une transformation pour devenir un modèle de distribution plus rentable.

Quels sont les facteurs clés de réussite d’une entreprise comme la vôtre ?

Nous pensons que la réussite des services de plats préparés réside sur trois éléments clés :

  • La prise en compte des nouveaux régimes alimentaires et des nouveaux modes de consommation, comme évoqué précédemment. Il est également crucial d’être en mesure de permettre à son consommateur d’identifier la provenance de chaque ingrédient.
  • Un modèle de distribution innovant : Trouver un moyen de centraliser les commandes ou de vendre plusieurs plats à la fois afin de ne pas se noyer dans les frais de livraison.
  • Un bon story telling : Faire participer le consommateur au développement de son concept en racontant une histoire qui le touche. Face à l’offre pléthorique, la différentiation se fait en grande partie sur la capacité à fédérer une communauté autour de la mission de l’entreprise.

A titre personnel, quelle autre innovation alimentaire auriez-vous aimé inventer ?

Le développement des services de plats préparés a accentué le gaspillage alimentaire avec certaines start-ups atteignant des taux de perte astronomiques.

A travers la volonté de permettre aux consommateurs de commander leurs plats à la dernière minute, il devient extrêmement difficile de prévoir ses ventes et le gaspillage est inévitable.

Too Good To Go, qui proposent les invendus de restaurants beaucoup moins chers, proposent une belle solution à cette problématique et nous admirons leur initiative.

De plus en plus de start-ups proposent ce genre de solution, ce qui est une très bonne chose.

Nous avons l’impression que jusqu’à là, les sociétés se focalisaient surtout de la production à la vente alors que la chaîne de distribution devrait aller de la production à l’écoulement total des produits n’ayant pas été vendu.

Nous essayons avec Comme un Chef d’automatiser la gestion de nos invendus via des partenariats avec des associations.

Plus d’informations sur www.commeunchefparis.com
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